L'institutrice, le petit sorcier et le pasteur (première partie)

L'institutrice, le petit sorcier et le pasteur (première partie)

Fly, je me prénomme Béatrice. J'ai 45 ans et je suis une enseignante du primaire communément appelée institutrice ou encore maîtresse. Je réside à Abidjan.  Voici ma fascinante histoire. Il y'a de cela 3 ans une amie m'avait invité dans son église pour une veillée de prière. Je préfère vous l’avouer, je ne peux pas enfanter. Ce lourd fardeau a durant des années gâché ma vie sentimentale. Certaines d’entre vous comprendront ma peine. Car à cause de ma stérilité aucun homme ne voulait me garder chez lui. Malgré leur bonne volonté et leurs belles paroles, Ils finissent par me quitter dès que leur copine dehors leur faisait un enfant. D'ailleurs je ne les en voulais pas. Fly, J’ai parcouru tous les spécialistes en la matière et gynécologues du pays. Tous me disaient la même chose : << madame, rien absolument rien ne vous empêche d'avoir un enfant. Votre problème doit sûrement se trouver ailleurs >>. En bonne africaine, ces paroles signifiaient ce qu'elles signifiaient. Après avoir fait le tour des féticheurs et marabouts de la Côte d'Ivoire, je me suis rabattue sur ceux du Bénin, Burkina Faso, Mali. J'ai même été en Ouganda. Tout mon salaire et mes vacances étaient dévoués à ma quête d'un enfant. J'ai fait tous les sacrifices inimaginables : danser nue dans les carrefours, dormir dans un cimetière, immolation de taureau et même coucher avec des féticheurs, j'en passe.  C'était plus fort que moi. Dans fond intérieur, je sentais comme l’appel d'un enfant, un enfant qui ne demandait qu'à naître. Beaucoup diront que je suis folle. Mais selon moi, c'est l'espoir qui fait vivre. Après des années et des années à errer, j'ai tiré la conclusion selon laquelle seule la volonté de Dieu s’accomplira. Je lui ai donc donné ma vie entièrement. Ce qui nous ramène donc à notre veillée de prière. Ce jour-là, il avait fortement plu à Abidjan. Débutée à l’environ de 3 heures du matin, la pluie ne s'est arrêtée qu'à 17 heures. Bien évidemment, elle avait occasionné des dégâts matériels importants, des accidents de circulation et des embouteillages monstres dans toute la ville. Pour rien au monde je voulais rater ce moment de prière. Mon amie m'avait tellement parler des miracles que son pasteur opérait que je voulais les voir de mes propres yeux mais en réalité, je voulais les vivre moi-même. J’habite la commune de Port-Bouët quand la prière avait lieu dans celle de Yopougon. Lorsque j'arriverai sur les lieux, la veillée avait déjà largement commencé. La foule de fidèles était réunie dans une grande salle et le pasteur était en train de faire son show prophétique.  J'entendais des gens qui criaient, d'autres rendaient gloire à Dieu. Je me faufilai parmi des fidèles pour rejoindre mon amie au premier rang. Il faut dire que durant tout le trajet, elle et moi étions constamment en contact téléphonique. Puis au moment de m’asseoir, l'homme de Dieu fit arrêter la musique. Un silence plat régnait dans la salle je ne m’étais même pas rendu compte de cela. Quand soudain il me dit : << madame, venez devant moi, arrêtez-vous ici >>. Super ! Me suis-je dit.  Pour quelqu'un qui venait de passer 4 heures dans les bouchons, s'arrêter c'est ce que j'avais le plus besoin. << Vous êtes venue ce soir à la veillée parce que vous êtes à la recherche d'un enfant.  Vous êtes stérile >>. Je répondis << oui c’est exact >> dans le micro, la foule applaudit. Toutefois pour moi, rien d'extraordinaire car les marabouts que j'avais fréquenté au paravent faisaient pareil. Certains m'avaient même prédit que je tomberai enceinte sans avoir eu des rapports avec un homme. Puis il me dit << tu n'es pas stérile, rappelle-toi, quelque chose c'est passé dans ta vie il y'a longtemps, c'est la source de ta situation >>.  Alors je fermai fort les yeux pour me rappeler. Mon esprit après avoir erré un instant, me rappela un fait incroyable dont j'avais été à la témoin et actrice.  Fly, voici les faits. J'avais été muté au centre du pays dans un petit village. C’était d'ailleurs mon premier poste.  Là je tenais la classe de CP2. Il y’avait dans ma classe un petit garçon très brillant dont j'étais fière. Pendant qu'il caracolait en tête avec près de 9 de moyens sur 10, son poursuivant direct lui n'avait à peine que 5 de moyen et cela grâce au coup de pouce que je lui donnais. Pourtant ces élèves n'étaient pas si bêtes que ça. Ils participaient bien au cours. Le petit garçon brillant avait une attitude qui ne m’a rien dit au début mais peu à peu m’a m’intrigué au point de m’agacer. J'avais 2 boites sur la table, une pour les stylos à bille bleu et une pour les crayons. Comme on nous l'avait appris cela permettait aux enfants de ne pas perdre leur stylo. Avant chaque exercice dans les cahiers, je demandais à chacun des enfants de venir prendre un stylo. Je précise que lesdits stylos ne comportaient pas de nom. Mais régulièrement le garçon se plaignait de ce qu'un de ses amis avait pris son stylo. << maîtresse il a pris mon Bic bleu >> me disait-il. Comme j'appréciais beaucoup l'élève, je demandais à l'autre de lui rendre le Bic en question. J'ai exposé le problème à mes collègues, ceux-ci me riaient au nez, que j'étais nouvelle dans la profession et que tous les enfants faisaient pareil dans leur classe respective. Aussi cela ne me disait plus rien de toutes les façons pour régler le conflit, je demandais à l'enfant de venir en premier choisir son stylo. Nous en étions là lorsqu'il va faire une chose qui dépassait toute logique. Ce jour-là il est venu en retard, nous avions déjà commencé à travailler dans les cahiers. Naturellement je lui demandai de prendre le dernier stylo qui restait dans la boîte. Il me fit sortir encore la même chanson, << maîtresse ce n'est pas mon Bic bleu >>.  Je demandai aux élèves de lever les mains et de présenter les stylos enfin qu'il puisse identifier le sien. Sans même bouger de ma table, il me dit << maîtresse voici mon Bic >> en montrant du doigt un élève assis tout au fond de la classe. Comment a-t-il fait ? Mon cœur se mis à battre très fort mais je me retins. Dès le weekend qui suivi cet événement, je me suis rendu dans le grand village à une dizaine de kilomètres c'est ainsi que nous appelons le chef-lieu de la sous-préfecture dont dépendait le village. Là il y'a avait une église catholique. J'expliquai le problème au père Georges, c'était un prêtre blanc. Il me remit une eau bénite et de l'huile d'onction que je devais asperger dans ma classe. C'est ce que je fis au retour : les stylos, le tableau, le matériel didactique j’avais tout aspergé d'eau bénite et de l'huile d’onction. Puis vint le lundi. J'ai fait normalement mon cours comme si de rien n’était. Puis arrivée l’heure des exercices dans les cahiers j'appelai alors l'élève pour choisir son stylo comme d’habitude. Après quelques temps d’hésitation, il me dit << maîtresse, je ne vois pas mon stylo >>. Je répondis << comment ça tu ne vois pas ton Bic, pourtant tous les Bic sont là >>. Je renverrai la boîte sur la table et étalai tous les stylos sur la table pour le lui montrer. Il hésita encore puis se décida à choisir au grand hasard un stylo. Ce jour-là, après la correction de l’exercice qui n’était qu'une formalité pour un élève de sa trempe, il eut zéro confirmant ainsi mes doutes.  Alors je rapportai tout au directeur qui convoqua l'élève ainsi que le président des parents d'élèves dans son bureau bien sûr à ma présence. Sous la menace du directeur, il se mit à tout avouer. Fly voici son récit.  Je suis un petit sorcier, c'est ma grand-mère qui m'a initié l'année dernière. Ce jour-là, c'était comme si j'étais dans un profond sommeil, dans un gouffre. J'entendais quelques crier mon nom, << réveille-toi, réveille-toi >> me disait la voix. Peu à peu je me suis réveillé, mais je sentais plus mon corps et j'étais aussi léger que les astronautes qui flottaient dans l’espace. Je vis ma grand-mère. Cependant je ne l'avais pas reconnu au premier regard. Elle paraissait si jeune, belle. Elle était parée de bijoux de toutes sortes. Ce n'est que bien plus tard que j'ai appris qu'elle était une reine dans le monde des ténèbres. Aussi ces bijoux n'étaient en fait que des os humains. Elle me dit << suis moi >>. Je l'ai suivi dehors. Nous n'eûmes pas besoin de la porte de sortie. C'était ma première fois de découvrir le monde des sorciers qui n'est en fait qu'une représentation grotesque du monde réel. Les maisons, les arbres, les montagnes avaient l'apparence des ombres. Surtout il n'y a ni vent encore moins la lumière du soleil. Le temps avait un aspect laiteux. Nous sommes allés en direction de l'école mais avant il fallait passer par le marché. Et croyez-moi tout ce qu'on y vendait était de la chair humaine. Grillée, bouillie, fraîche ..., il y avait pour tous les goûts. Mais aussi on y vendait des gens comme du bétail. J'ai entendu quelqu'un criait << étudiants en fin de cycle à vendre >>. J'avais entendu parler du brillant parcours de ce jeune homme qui était une fierté de la région. Il a reçu des prix de la main du président de la République, il avait fini son cycle de doctorat en médecine bientôt il allait sorti comme médecin. C'était son père qui le vendait. J'ai aussi entendu le nom d'un cadre de la région, le directeur de cabinet d'un ministre chaque année, il offrait des kits scolaires à tous les élèves du village. Lui aussi c'est ça mère à qui il a construit l'une des plus grandes maisons de la région qui voulait le vendre. Sachez que dans le monde de la sorcellerie, l'on n'éprouvait aucun sentiment. Pour nous c'était aussi normal que de se rendre dans une boutique de vêtements et de choisir ce qu'on veut porter. Les personnes vendaient leur parent pour acquérir des pouvoirs, de la notoriété. Par exemple lorsqu'on vous attrape dans le monde réel et que vous ne dénoncer pas vos compagnons, cela vous fait monter en grade. Pour vous dire si ma grand-mère est reine c'est qu'elle a passé toutes ces épreuves. Nous quittâmes le marché et arrivâmes à l'école dans ma classe CP1 à l’époque. Elle me demanda de sucer tous les stylos dans la boîte et de mettre un de côté. C'est ce que je fis. Puis nous sommes retournés suivre les affaires de ma grand-mère. Ça c'était une autre histoire.  Voici comment je reconnaissais mon stylo parmi tant d’autres. Car tous les Bics on l'aspect plein dans le monde réel mais en vérité ils étayent vide. Aussi comment une chose vide peut-elle écrire ? C'est comme si mes amis écrivain avec du banco.  Lorsqu'il eut fini, j’étais sous le choc. Je connaissais bien sa grand-mère que j'aidais financièrement de temps en temps. Le président des parents d'élèves informa les gens du village qui pris de colère chassa la vieille femme et son petit -fils du village non sans les avoir battus et détruits leur maison. Ainsi je n'avais plus jamais entendu d'eux jusqu'à ce que je quitte la région deux années plus tard. Au début partout où j'allais je parlais de cette histoire mais peu à peu je l'avais oublié, jusqu'à ce jour où le pasteur m'avait dit de ne souvenir. Chose incroyable, lorsque j'ouvris les yeux, je fixais le pasteur qui me regardait aussi. Il savait que je venais de le reconnaître, en effet c'était le petit garçon sorcier. Je l'aurais reconnu même à la fin de mes jours. Fin de la première partie de l'histoire

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